Réflexions sur la santé (interview du Pr Béraud, auteur de Trop de médecine, trop peu de soin)

Notre rôle de naturopathe consiste à éduquer nos clients à la santé, en leur conseillant une hygiène de vie, une alimentation ou des remèdes naturels susceptibles de les aider à retrouver la santé.

Il m’a paru tellement conforme à ce que préconise le médecin-conseil nommé par le ministre de la Santé en 1989 pour évaluer le système de santé français et proposer des améliorations, susceptibles d’améliorer la santé des Français mais aussi d’économiser des millards d’euros mal utilisés en soins de santé.

Voici le lien vers son livre, remarquable : https://www.thierrysouccar.com/sante/livre/trop-de-medecine-trop-peu-de-soins-824

Et le lien vers son site : http://www.prclaudeberaud.fr/

Et l’extrait d’une nterview de Julien Venisson, parue dans Alternative bien-être de mars 2014)

Dans votre livre, vous affirmez que « la santé dépend davantage des modes de vie et de facteurs extra médicaux que médicaux, et développer et entretenir sa santé ne consiste pas à multiplier des actes « préventifs ». Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

C’est quelque chose d’assez évident quand on regarde les causes de mortalité en France : cancer du poumon, diabète, cholestérol, etc. Si les gens avaient des comportements adaptés à leurs besoins physiques, ils vivraient plus longtemps et ils vivraient surtout plus longtemps en bonne santé. Et dans ce domaine, on ne fait plus de progrès en France depuis longtemps. Les médecins n’ont d’ailleurs pas le temps de faire cette démarche éducative de prévention auprès des patients.

Par ailleurs, quand on parle de prévention, on pense souvent à la prévention médicale, c’est-à-dire aux bilans de santé. Mais ces bilans ne servent absolument à rien pour prévenir les maladies chroniques les plus fréquentes ! Récemment j’étais à l’hôpital pour un problème bénin. Un interne vient me voir dans ma chambre pour assurer mon suivi et me demande : « Vous connaissez votre taux de cholestérol ? » Je lui réponds « Non. Pourquoi voudriez-vous que je connaisse mon taux de cholestérol ? » « Et bien parce que s’il est trop élevé, il faut le traiter. » Ce à quoi je lui ai rétorqué « Mais c’est votre avis, ce n’est pas forcément l’avis de tout le monde. En tous cas, ce n’est pas le mien. » Si j’avais fait un infarctus, un accident vasculaire ou autre, qu’on me dose mon cholestérol aurait du sens, mais je suis en très bonne santé sans aucun symptôme vasculaire. Personne n’a jamais démontré avec certitude qu’il faille traiter systématiquement toutes les personnes pour un « problème » lorsqu’ils n’ont pas de symptômes, donc il n’y a vraiment aucune utilité de me faire faire ce bilan. Et il y a bien d’autres dépistages discutables, comme le cancer du sein.

Justement, les méthodes de prévention ne sont-elles pas la base de notre action en ce qui concerne le cancer ? Pensez-vous que le dépistage du cancer du sein ou du cancer de la prostate sont inutiles ?

Le dépistage consiste à faire de manière systématique des examens chez quelqu’un qui est en bonne santé. Mais ici aussi, la vraie prévention n’est pas médicale, elle est comportementale : si vous ne fumez pas, vous réduisez votre risque de cancer du poumon de plus de 80 %. Pour le cancer de la prostate, c’est très clair : le seul intérêt démontré du dépistage est d’opérer des malades, c’est-à-dire que le seul bénéfice est au chirurgien. En effet, la plupart des personnes âgées vont avoir une augmentation du volume de leur prostate, à mon âge j’ai d’ailleurs 80% de chances d’avoir un cancer de la prostate. Mais la plupart du temps, on ne meurt pas de son cancer de la prostate, mais d’autres causes, car ce dernier progresse lentement : personne n’a jamais démontré que se faire opérer améliorait l’espérance de vie. Il est très fréquent qu’on meure avec en soi un cancer qui ne s’est pas développé.

Pour le cancer du sein, actuellement personne ne sait si ça sert à quelque chose, c’est très controversé. Il est possible que le dépistage par mammographie sauve la vie d’une femme sur 1000 ou 10000 mais dans le même temps on va opérer un certain nombre de femmes qui n’auraient pas dues être opérées. En effet, quand on trouve un cancer à un stade très précoce, on ne sait pas s’il va évoluer ou non, et dans 30% des cas le cancer n’évolue pas, voire régresse. Il y a d’autres dépistages dont on parle moins comme celui du cancer du côlon et du rectum. Le dépistage consiste à rechercher du sang dans les selles. S’il est vrai que cette démarche permet de réduire la mortalité par cancer du côlon et du rectum, on sait aussi qu’elle ne réduit pas la mortalité globale ! C’est-à-dire qu’on meurt plus d’autres causes. Personnellement, quand j’ai reçu les papiers de la sécurité sociale pour m’inciter à me faire dépister, je les ai mis à la poubelle, et pourtant je suis gastro-entérologue.

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